Un emprunteur qui saute en parachute le week-end et signe un crédit immobilier le lundi n’a pas le même dossier qu’un autre. L’assurance emprunteur tarife le risque, et le parachutisme, l’alpinisme ou la plongée profonde en font partie. Tout se joue au moment de la déclaration.
Deux articles du Code des assurances commandent la suite. Le L113-9 réduit l’indemnité en cas d’omission de bonne foi. Le L113-8 annule le contrat quand la fausse déclaration est intentionnelle. Entre les deux, l’écart se chiffre en dizaines de milliers d’euros sur un prêt en cours.
L’assurance emprunteur quand on pratique des sports extrêmes
Qu’est-ce qu’une assurance emprunteur ?
C’est le contrat qui rembourse la banque à votre place quand vous ne pouvez plus le faire : décès, perte totale et irréversible d’autonomie, invalidité, arrêt de travail. La banque récupère le capital restant dû, vos proches gardent le bien. Depuis la loi Lagarde de 2010, le contrat groupe de la banque n’a rien d’obligatoire : la délégation d’assurance permet de choisir un autre assureur, à garanties équivalentes. Un accompagnement spécialisé aide à comparer les offres, par exemple pour assurer un prêt immobilier avec Cafpi.
Ce que les assureurs rangent dans « sports à risque »
Aucune liste officielle n’existe. Chaque compagnie publie la sienne dans ses conditions générales, et elle change d’un contrat à l’autre. Reviennent presque toujours :
- parachutisme, base jump, wingsuit, parapente
- alpinisme et escalade au-delà d’une altitude fixée au contrat
- plongée sous-marine au-delà de 40 mètres, spéléologie
- sports mécaniques en compétition, auto, moto, karting
- saut à l’élastique, kitesurf, ski hors-piste, sports de combat en compétition
Le ski de piste et la course à pied n’y figurent pas. La randonnée non plus, sauf en haute montagne.
Déclaration des sports extrêmes lors de la souscription
L’importance de la transparence dans la déclaration
L’assureur tarife à partir de ce que vous déclarez, et de rien d’autre. Le questionnaire sépare la pratique de loisir de la compétition licenciée, avec des paliers intermédiaires selon la fréquence des sorties. Répondre avec précision coûte parfois une surprime. Répondre à côté coûte la garantie.
La loi Lemoine du 28 février 2022 a supprimé le questionnaire de santé pour les prêts inférieurs ou égaux à 200 000 € par assuré et remboursés avant le 60e anniversaire. Le malentendu est fréquent : cette suppression porte sur l’état de santé. Les questions sur la profession et les sports pratiqués restent posées, et les réponses engagent toujours l’assuré.
Conséquences d’une omission ou d’un mensonge sur la déclaration
L’omission de bonne foi relève de l’article L113-9. Le contrat continue de produire ses effets, mais l’indemnité est réduite dans la proportion entre la prime payée et celle qui aurait été due. Un assuré ayant acquitté 80 % de la prime correcte touche 80 % de l’indemnité : sur un capital restant dû de 200 000 €, il reste 40 000 € à la charge de la famille.
La fausse déclaration intentionnelle relève de l’article L113-8. Le contrat est nul, aucune indemnité n’est versée, et les primes déjà encaissées restent acquises à l’assureur. La preuve de la mauvaise foi incombe à ce dernier, qui s’appuie le plus souvent sur les comptes rendus médicaux, les publications sur les réseaux sociaux ou les licences fédérales.
Gestion d’un sinistre lié à un sport extrême
Étapes à suivre en cas de sinistre
Prévenez l’assureur d’abord, la banque ensuite. L’article L113-2 du Code des assurances interdit tout délai contractuel inférieur à cinq jours ouvrés, mais chaque contrat d’assurance emprunteur fixe le sien, souvent 30 à 90 jours pour un arrêt de travail. Le chiffre qui vous concerne figure dans la notice d’information, pas dans la loi.
Décrivez ensuite les circonstances sans les arranger : date, lieu, activité pratiquée, encadrement, matériel utilisé. Le médecin conseil de l’assureur lira le compte rendu hospitalier, qui mentionne presque toujours le mécanisme de l’accident. Une version écrite qui contredit le dossier médical fragilise tout le reste du dossier.
Un dossier incomplet repousse le versement sans supprimer le droit à indemnisation. Les échéances du prêt, elles, continuent de tomber.
Documents nécessaires pour la déclaration de sinistre
- la notice d’information et le certificat d’adhésion, ou le contrat individuel en cas de délégation
- l’offre de prêt et le tableau d’amortissement à jour
- le formulaire de déclaration de sinistre, complété par vous et par le médecin traitant
- les comptes rendus d’hospitalisation, arrêts de travail et bulletins de situation
- le procès-verbal de gendarmerie ou le rapport des secours, quand il en existe un
- la licence fédérale, le certificat médical de non-contre-indication ou l’attestation de formation liée à l’activité

Évaluation des risques par les assureurs
Critères utilisés pour évaluer les activités à risque
Quatre paramètres reviennent dans tous les questionnaires : la fréquence, l’encadrement, l’environnement de pratique et le niveau. Une plongée par an avec un club affilié à la FFESSM et deux cents sorties annuelles en autonomie ne produisent pas la même tarification, même sport, même matériel.
Deux réponses sont possibles, et elles n’ont rien à voir. La surprime maintient la garantie contre une cotisation majorée, exprimée en pourcentage du tarif de base ou en points de taux. L’exclusion retire la garantie pour les sinistres liés à cette pratique : une chute en parapente exclue n’est jamais indemnisée, même après quinze ans de cotisations. Lisez la clause d’exclusion avant la ligne de tarif.
Comment les assureurs déterminent-ils les indemnisations ?
Le médecin conseil instruit le dossier médical et chiffre un taux d’invalidité selon le barème du contrat, généralement croisé entre incapacité fonctionnelle et incapacité professionnelle. Ce taux commande la garantie activée, donc le montant versé.
Vient ensuite la quotité, ce pourcentage du capital que chaque emprunteur assure. Un couple réparti à 50 % et 50 % ne voit solder que la moitié du prêt au décès de l’un des deux. Le point se règle à la signature, jamais après.
Si le taux retenu vous paraît sous-évalué, vous pouvez demander une contre-expertise, à vos frais, puis saisir le Médiateur de l’assurance une fois les recours internes épuisés.
Le mécanisme en un coup d’œil
| Étape | Ce qui se passe | Repère chiffré ou texte | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Nature du contrat | Rembourse la banque en cas de décès, PTIA, invalidité ou arrêt de travail | Loi Lagarde, 2010 | La banque exige des garanties équivalentes aux siennes |
| Choix de l’assureur | Contrat groupe bancaire ou délégation externe | Résiliation à tout moment depuis le 1er septembre 2022 | Les contrats groupe excluent plus souvent les sports à risque |
| Questionnaire de santé | Supprimé sous conditions | Prêt ≤ 200 000 € par assuré, fin avant le 60e anniversaire | Les questions sur les sports pratiqués restent posées |
| Déclaration du sport | Type, fréquence, encadrement, niveau | Questionnaire de souscription | Une pratique commencée après la signature doit être signalée |
| Omission de bonne foi | Indemnité réduite au prorata des primes | Article L113-9 | 80 % de prime acquittée donne 80 % d’indemnité |
| Fausse déclaration intentionnelle | Contrat nul, primes conservées par l’assureur | Article L113-8 | La preuve de la mauvaise foi incombe à l’assureur |
| Surprime | Garantie maintenue, cotisation majorée | Pourcentage du tarif de base ou points de taux | Comparer le surcoût sur toute la durée du prêt |
| Exclusion de garantie | Sinistre lié à l’activité jamais indemnisé | Conditions générales | Vérifier si l’exclusion vise le sport entier ou la seule compétition |
| Déclaration du sinistre | Signalement à l’assureur puis à la banque | Aucun délai contractuel sous 5 jours ouvrés, article L113-2 | Le délai du contrat s’applique, souvent 30 à 90 jours |
| Expertise | Le médecin conseil chiffre le taux d’invalidité | Barème du contrat | Contre-expertise possible à vos frais, puis médiation |
| ITT | Incapacité temporaire totale de travail | Franchise de 30 à 180 jours, souvent 90 | Prise en charge des échéances, pas du capital |
| IPP | Invalidité permanente partielle | Taux de 33 % à 66 % | Garantie optionnelle, absente de nombreux contrats groupe |
| IPT | Invalidité permanente totale | Taux égal ou supérieur à 66 % | Lire la définition retenue : profession exercée ou toute profession |
| PTIA | Perte totale et irréversible d’autonomie | Assistance d’une tierce personne pour les actes courants | Doit survenir avant l’âge limite prévu au contrat |
| Décès | Capital restant dû soldé selon la quotité | Quotité de 100 % ou répartie entre co-emprunteurs | Une quotité 50/50 ne solde que la moitié du prêt |
Préparer son contrat d’assurance emprunteur en lien avec les sports extrêmes
Conseils pour choisir une assurance adaptée
Le tarif se compare, les exclusions se comparent d’abord. Demandez la liste nominative des sports écartés dans chaque proposition et vérifiez si la clause frappe l’activité entière ou seulement la compétition. Un contrat 20 % plus cher qui couvre le parapente vaut mieux qu’une offre bon marché qui l’écarte.
Faites jouer la loi Lemoine. Depuis le 1er septembre 2022, tous les contrats en cours peuvent être résiliés à tout moment, sans frais ni pénalité, dès lors que le nouveau contrat présente des garanties équivalentes. Un pratiquant qui a accepté une surprime en 2019 peut remettre son assurance en concurrence dès aujourd’hui.
Renseignements à fournir pour une couverture optimale
Soyez précis là où le questionnaire reste vague. Indiquez le nombre de sorties par an plutôt qu’un « occasionnel » invérifiable, le cadre de pratique (club, fédération, guide, autonomie) et les limites que vous vous fixez : altitude, profondeur, type de terrain, conditions météo acceptées.
Joignez les pièces qui objectivent tout cela : licence fédérale, brevets, attestations de stage, carnet de plongée. Gardez une copie datée de chaque document transmis. Le jour où l’assureur conteste, c’est ce dossier qui parle à votre place.





